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Points de vue autochtones sur la philanthropie : une force émergente

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Sharon Redsky est la coordonnatrice des partenariats stratégiques chez Dakota Ojibway Child and Family Services, un centre de services à l’enfant et à la famille de Dakota Objibway situé à Winnipeg, au Manitoba. Elle a été boursière de l’AFP dans le cadre du programme pour la diversité et l’inclusion en 2019, et a reçu en 2017 le prix « Championne communautaire » du gala Femmes de distinction du YMCA‑YWCA. Elle siège actuellement au conseil d’administration de la Fondation canadienne pour la philanthropie de l’AFP.

Mme Redsky fait partie du nombre croissant de professionnels autochtones qui s’affirment au sein de la profession de collecte de fonds avec une perspective issue d’un long passé colonial et fondée sur une conception culturelle millénaire de philanthropie, de réciprocité et de durabilité.

Au cours des dix dernières années, un pan important de l’histoire autochtone du Canada a été révélé dans des détails traumatisants. Lancée en 2008, la Commission de vérité et réconciliation du Canada faisait partie de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. Son but était de découvrir les faits entourant le système de pensionnats indiens et de jeter les bases d’une réconciliation durable avec les communautés autochtones de partout au pays. Le rapport final, publié en décembre 2015, renfermait 94 appels à l’action

À la prochaine Conférence internationale de l’AFP prévue à Baltimore du 29 mars au 1er avril, Sharon Redsky animera un atelier intitulé What Does Truth and Reconciliation Mean in the Philanthropic Sector? (Que signifie « vérité et réconciliation » dans le secteur philanthropique?)

 « Il est important pour le secteur de comprendre l’histoire autochtone du Canada », soutient Mme Redsky. « D’autant plus quand je songe à quel point le Canada a pu prospérer grâce à la générosité des peuples autochtones et aux traités fondateurs qui ont été conclus il y a très longtemps. »

“La Première Nation Shoal Lake No. 40 (lien vers un article en anglais seulement), où ma mère est née et à laquelle j’appartiens, est un bon exemple », poursuit-elle. « Ses terres ont été expropriées il y a un siècle pour pouvoir approvisionner en eau potable la population de Winnipeg. C’est donc dire que la Première Nation Shoal Lake No. 40 fournit de l’eau potable à Winnipeg depuis 100 ans, mais la Première Nation elle-même est soumise à un avis d’ébullition de l’eau depuis des décennies. Culturellement, pour nous, la philanthropie est bien plus qu’un simple don. C’est une question de réciprocité, d’intendance et de notre relation avec la terre. »

Tim Sidock est gestionnaire des initiatives d’entreprises et des donateurs pour imagineNATIVE Film and Media Arts Festival.

« Il y a un contexte culturel avec les organisations autochtones. La plupart des communautés trouveraient les approches contemporaines agressives », dit-il. « Les Autochtones ont des points de vue professionnels en matière d’intendance, mais on cherche à maintenir la relation. C’est ça l’objectif. Qu’est-ce que les entreprises partenaires retirent de cette relation? Veulent-elles vraiment agir pour le bien de notre communauté? »

La perspective autochtone et la collecte de fonds autochtone sont en train de devenir une force dans le paysage philanthropique canadien, mais la conversation nationale n’en reflète pas toute l’importance.

M. Sidock dirige une équipe de trois personnes chez imagineNATIVE.

« Lorsque les membres de mon équipe ont participé au Congrès de l’AFP à Toronto, ils n’ont rencontré qu’un seul collecteur de fonds autochtone », raconte-t-il. « imagineNATIVE les soutient afin qu’ils ne se sentent pas seuls au monde. »

« Le secteur de la philanthropie créée par les colons tend à connaître l’histoire de la philanthropie au Canada, mais pas l’histoire autochtone du pays, pendant laquelle des organismes de bienfaisance ont géré et soutenu des pensionnats », explique Kris Archie.

Mme Archie est la directrice générale de Circle on Philanthropy and Aboriginal Peoples in Canada (Le Cercle), une organisation qui vise à créer des liens entre les communautés autochtones et les organismes philanthropiques. Elle a animé un atelier lors de la retraite des dirigeants canadiens de l’AFP en juillet 2019.

« Beaucoup d’organismes de bienfaisance ont, à leurs débuts, été gérés par des bénévoles », dit-elle. « Mais qui avait le temps de faire du bénévolat? Des gens riches, pas des gens qui ont un vécu. Or, on ne peut pas savoir comment avancer si on ne connaît pas le passé. »

« La communauté autochtone est celle qui connaît la croissance démographique la plus rapide au Canada », souligne Mme Archie. « Les litiges qui ont amené les Autochtones à traîner le gouvernement devant les tribunaux ont entraîné la création de richesse, tout cela grâce à la justice. »

Le programme national de recherche de l’organisation de Kris Archie tente d’amplifier le travail des communautés autochtones et d’élargir la vision de la philanthropie.

« Nous essayons de recadrer la notion de “charité”, dit-elle, et de travailler avec des personnes qui reconnaissent la nécessité de faire le travail différemment. La philanthropie autochtone a davantage à voir avec la réciprocité, le temps et le contexte culturel. »

Le rapport intitulé Emerging Trends in Philanthropy for First Nations, Métis and Inuit Communities in Canada: A Focus on Manitoba, publié en 2017, donne un aperçu de la dynamique actuelle de la philanthropie dans les communautés autochtones, y compris la manière dont le travail est décrit. Il est le fruit d’une collaboration de deux ans entre Le Cercle, Centraide de Winnipeg et La Fondation de Winnipeg.

Le rapport explique que les « organismes de bienfaisance axés sur les Autochtones » sont des organismes de bienfaisance enregistrés qui ont pour mandat de servir les peuples autochtones. Un « organisme de bienfaisance autochtone », cependant, ne sert pas seulement les populations autochtones, mais il compte de nombreux dirigeants autochtones et des valeurs culturelles sont intégrées dans la structure de l’organisme.

Ces distinctions sont importantes pour comprendre la croissance et les mandats des organismes de bienfaisance autochtones, de même que les personnes qui travaillent pour ces organismes.

Deux thèmes principaux se dégagent du rapport. Tout d’abord, puisque les peuples autochtones souhaitent participer au secteur philanthropique, il faut concevoir le processus de manière à renforcer les organismes et le leadership autochtones. Ensuite, les donateurs ou les dirigeants du secteur issus des communautés autochtones doivent considérer que leurs actions sont ancrées dans les valeurs et les traditions culturelles autochtones.

La profession doit être prête à entendre les professionnels en philanthropie et les dirigeants autochtones se prononcer de plus en plus sur toute une série de questions philanthropiques.

« Cette année marque le cinquième anniversaire des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation », souligne Kris Archie. « Or, aucun de ces appels ne concernait la communauté philanthropique – c’est quand même ahurissant compte tenu du rôle qu’ont joué des organismes de bienfaisance dans la gestion et le soutien des pensionnats. »

Le Cercle veut changer cette situation et il demande aux organismes philanthropiques qui souhaitent s’engager à utiliser leurs ressources philanthropiques au service de la réconciliation de signer une déclaration d’action.

« Quelques organismes philanthropiques ont signé et mis en œuvre la Déclaration d’action, mais nous voulons lancer une nouvelle offensive et axer les efforts sur la sensibilisation à l’égard de celle-ci », précise Mme Archie.

Le Cercle organisera un webinaire sur sa Déclaration d’action au printemps 2020.

Le point de vue autochtone sur la philanthropie est un élément essentiel pour concevoir un secteur philanthropique dynamique et moderne au Canada.

« Ce serait merveilleux qu’un groupe de collecteurs de fonds autochtones du monde entier vienne tenir un débat d’experts à l’AFP », déclare M. Sidock. « Ce serait vraiment génial. »

« Je vais à des endroits où les gens ont le désir d’apprendre », dit Mme Archie. « Les communautés autochtones en savent beaucoup sur l’intendance, l’égalité et la durabilité à long terme. »

« La réciprocité est le cadre dans lequel nous fonctionnons, et le Canada a été fondé sur la réciprocité des communautés autochtones », explique Sharon Redsky. « Mon objectif est d’établir un pont afin que les philanthropes s’engagent auprès des organismes de bienfaisance autochtones et fassent la promotion de leur travail. Il est important de faire comprendre à tous que nous ne pouvons pas continuer à voir les choses de la même manière que par le passé. Nous devons tirer des leçons du passé. »

Author Information

Gail Picco est collectrice de fonds, spécialiste des stratégies d’impact des organismes de bienfaisance, auteure et écrivaine.

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