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Réflexions sur notre droit à la guérison

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Publié par AFP Global le 26 mai 2020, Our Right to Heal (Notre droit à la guérison) est un recueil d’histoires personnelles percutantes sur ce que vivent les professionnelles en collecte de fonds noires au Canada. Créé par Nneka Allen, CFRE et membre de l’AFP, Our Right to Heal réunit un groupe de femmes noires qui en sont à différents moments de leur carrière en philanthropie et qui font part de leurs expériences professionnelles et personnelles. Il s’agit d’une expression lyrique de l’expérience collective sous forme de création parlée, de poésie et de commentaires, au son d’un tambour africain.

Mike Geiger, MBA, CPA, président et directeur général de l’AFP, a déclaré ceci à la parution de Our Right to Heal : « Ces histoires incroyables racontées par ces femmes extraordinaires vont vous renverser… et vous bouleverser. À la lecture de ces récits, on ne peut s’empêcher de ressentir de la colère et du désespoir, mais aussi un sentiment de triomphe et de joie devant ce que ces femmes vivent et surmontent chaque jour. »

Trois mois après le projet, L’AFP au quotidien s’est entretenu avec Nneka Allen pour recueillir ses réflexions sur ce projet novateur et connaître ses projets d’avenir.

Comment définiriez-vous Our Right to Heal?

Our Right to Heal témoigne de la vie des professionnelles en collecte de fonds noires au Canada. Dans leurs récits, elles décrivent ce qu’elles ont ressenti face à l’effacement, à l’exclusion et à des commentaires comme « elles n’ont rien à apporter ». De telles expériences sont traumatisantes et sèment le doute dans votre esprit. Our Right to Heal vient valider ce qu’elles vivent.

Comment se fait-il, selon vous, que l’on comprenne si peu ce que vivent les Noirs?

Ce que vivent les Noirs ne fait pas partie de l’histoire descriptive de notre pays. J’ai entrepris ma carrière en collecte de fonds dans un musée communautaire, l’Amherstburg Freedom Museum. Ce musée s’appelait à l’origine le North American Black Historical Museum. La vision du musée, fondé en 1975 par Melvin Simpson, était de promouvoir l’histoire des Afro-Canadiens, dont les familles, pour beaucoup d’entre eux, avaient fui l’esclavage. Le complexe du musée comprend la cabane en bois rond des Taylor et l’église African Methodist Episcopal Nazrey. Cette église en pierre de champ a été construite par d’anciens esclaves en 1848.

J’ai accepté de collaborer à une campagne majeure pour l’église, qui était un arrêt du chemin de fer clandestin. C’était la première fois que je voyais une campagne de capitalisation dirigée par des Noirs, et dont la majorité des grands donateurs étaient des Noirs. C’était impressionnant de voir le vaste soutien interracial de la communauté.

Dans le cadre de mon travail, j’ai eu à rédiger un rapport pour Patrimoine canadien. Les recherches effectuées aux fins du rapport comprenaient les noms de ma famille, des familles de mes amis et de membres de ma communauté. À l’époque, je n’avais pas saisi que je rédigeais un rapport d’intendance, mais ça a fait en sorte que j’adore maintenant documenter les histoires de personnes de race noire.

Pourquoi vous êtes-vous adressée à l’AFP pour raconter cette histoire?

Je m’implique auprès de l’AFP depuis 10 ans, et lorsque l’appel de propositions a été publié, c’était logique pour moi que ce soit mon association professionnelle qui soulève les questions liées à la représentation. J’ai encadré pendant de nombreuses années des jeunes femmes noires qui avaient vécu des expériences bouleversantes. Ce n’est qu’avec le recul que je comprends ce qui s’est passé lorsque j’ai rédigé ma proposition à l’AFP. À l’époque, je pensais que c’était loin d’être gagné. Aucune voix de Canadiens de race noire ne se faisait entendre à l’AFP. Mais AFP Global mijotait un concept appelé Bright Papers. J’ai adoré l’idée de ces « dossiers de réflexion », qui consistait à faire part d’idées et d’histoires nouvelles.

Comment s’est déroulé le processus?

J’étais un peu intimidée au départ. L’étape de la présentation de la proposition a été un peu déconcertante, mais j’estimais que c’était la bonne chose à faire. Lorsque j’ai présenté la première série d’histoires à l’AFP, il semble qu’elles aient bouleversé le petit groupe de personnes qui les a lues. Il est vrai que nous abordions quelque chose de nouveau. Le malaise que l’on ressent souvent lorsqu’on est placé devant de dures réalités n’a toutefois pas poussé AFP Global à essayer de modifier nos voix. L’organisation ne nous a jamais censurées et n’a jamais révisé nos textes – au contraire, elle souhaitait vivement conserver les histoires telles que nous les racontions. On nous respectait.

Puis le fait de me retrouver parmi un groupe de femmes noires à nous raconter nos expériences jamais dévoilées jusque-là a validé ma démarche. Ces histoires sont empreintes d’une générosité d’esprit qui nourrit mon âme et l’âme des personnes qui prennent part à cette conversation. Tout ce que les femmes noires accomplissent dans leur vie professionnelle est empreint de cette richesse et de cette intensité émotionnelle.

À la même époque, l’AFP m’a demandé de produire une vidéo de microapprentissage sur le sentiment d’appartenance par rapport à l’inclusion. Sur le coup, j’ai ri aux éclats, car je ne voyais pas comment je pourrais aborder ce sujet, et lui rendre justice, en seulement deux minutes. Mais j’ai finalement accepté et je me suis dit qu’avec un peu de créativité, j’y parviendrais.

Comment y êtes-vous parvenue?

L’approche artistique est une des façons d’aborder des sujets complexes. Alors j’ai appelé un ami, Teajai Travis, artiste de la création parlée et batteur africain. Il a étudié ma proposition, puis m’a dit : « J’adore, mais je dois assister à une rencontre de ton groupe de femmes pour vous écouter raconter vos expériences sur le sujet du “sentiment d’appartenance par rapport à l’inclusion”. » C’est ce qu’il a fait et nous avons eu une expérience de partage incroyable. Teajai est revenu deux semaines plus tard nous présenter la création poétique parlée qu’il avait composée. Le hic, c’est que nous n’avions pas de budget. La question s’est alors posée à savoir comment nous allions produire une vidéo gratuitement.

C’est grâce à mes amis et mes collègues que cette vidéo a été rendue possible. J’ai d’abord demandé à l’amie d’une jeune femme dont j’ai été la mentore de filmer la vidéo et elle a accepté. Ensuite, il fallait décider où filmer la vidéo, et c’est finalement dans mon église que ça a eu lieu. J’ai eu la chance d’avoir le soutien d’un autre vidéaste qui s’est chargé de la captation sonore. Nous savions qu’une bonne qualité sonore est importante. Tout le monde a fait des sacrifices pour concrétiser ce projet et a fait un excellent travail. Le fait de ne pas avoir de budget n’a pas facilité les choses, mais au bout du compte, nous avons passé une belle journée qui s’est terminée dans la camaraderie autour d’un délicieux repas.

Quelle a été la réaction des gens?

La réaction a été comme les vagues d’un océan : retentissante, constante et rafraîchissante. Je n’oublierai jamais l’écho que la vidéo a eu auprès des gens. La vidéo devait à l’origine être lancée en janvier 2020, mais cela n’a pas été possible. Le lancement a été reporté en février, mais nous ne voulions pas qu’il se perde parmi les festivités du Mois de l’histoire des Noirs. Ce n’est pas comme ça que nous l’avions imaginé. Puis la COVID a frappé en mars. Au sortir de la pandémie, lorsque les activités ont repris, nous nous sommes dit qu’il ne fallait plus attendre et nous avons procédé au lancement de la vidéo en mai. C’est à ce moment que le monde a éclaté avec le meurtre de George Floyd. La résonance de la vidéo ne faisait alors que commencer à se révéler.

Nous avons été submergées de commentaires de solidarité et de validation. Les femmes noires ont vraiment été touchées. Je suis reconnaissante envers les femmes qui ont raconté leurs histoires. La réponse est une affirmation de notre communauté, et de toute la communauté également. Certaines d’entre nous sont maintenant sollicitées pour contribuer d’autres manières. On reconnaît aujourd’hui nos talents et nos compétences, et on les recherche.

Les femmes qui ont participé au projet avaient-elles des craintes par rapport à leur emploi?

Oui, en effet, et leurs craintes étaient fondées. Dans le cadre du programme de bourses sur la diversité de l’AFP, par exemple, des participantes ont été invitées à écrire et à tenir un blogue sur leur expérience professionnelle. Certaines ont perdu leur emploi en raison de ce qu’elles ont écrit. D’autres se sont fait dire que leur employeur devait vérifier ce qu’elles écrivaient avant de le publier. D’autres encore ont quitté leur emploi en raison de l’examen minutieux et des sanctions dont elles faisaient l’objet. C’est pourquoi nous devons faire preuve d’empathie à l’égard des personnes qui ont peur de parler. Les enjeux sont considérables.

Que s’est-il passé depuis Our Right to Heal et que réserve l’avenir?

Le projet a ouvert tant de possibilités. Les femmes de notre groupe écrivent des articles, sont invitées à des émissions baladodiffusées et participent à des conférences virtuelles en tant que conférencières. J’ai pour ma part écrit un article pour Imagine Canada récemment, et Charity Village a publié un de mes articles. Plus tard cet automne, je participerai à l’émission baladodiffusée intitulée Beyond the Bakesale.

Je coédite aussi avec Nicole Salmon et Camila Vital Nunes Pereira un livre intitulé Collecting Courage: Joy, Pain, Freedom, Love qui paraîtra en novembre chez Civil Sector Press. Il s’agit d’un recueil de 15 histoires racontées par quelques-uns des professionnels en collecte de fonds noirs les plus en vue au Canada et aux États-Unis qui se veut le début d’un processus de catalogage et d’archivage systématique de nos histoires. Pour ceux et celles qui sont résolus à être des alliés et des complices dans le démantèlement des barrières et la défense d’une culture sectorielle d’appartenance et de réciprocité, nous espérons que ce livre éclairera un chemin vers l’action.

Nous avons ouvert nos cœurs et nos vies avec Our Right to Heal. La douleur et le traumatisme que nous continuons à vivre sont palpables. Notre réunion et notre sororité sont des sources de force. Dans cet espace de courage, nous avons notre place. Nous pouvons nous reposer. Nous pouvons guérir. C’est notre droit et je veux que nous le revendiquions toujours avec détermination.

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